Des dessins et des mots pour accompagner les enfants lors d’un deuil
Certaines personnes ont un parcours qui résonne, non seulement par ce qu’elles ont traversé, mais aussi par la manière dont elles continuent d’avancer. Véronique Willems est l’une d’entre elles.
Dans mon livre Le deuil ne se tait pas, j’évoque plusieurs personnes croisées sur mon chemin, et Véronique en fait partie. Son histoire m’a touchée profondément: la perte de son petit Émile. Elle fait écho à ce que d’autres parents vivent et peinent à dire. A l’époque, Véronique avait créé un groupe privé sur Facebook pour parents ayant perdu un enfant. Nous nous sommes rencontrées dans ces circonstances. Depuis, elle a écrit des livres pour enfants pour parler du deuil dans la fratrie. Elle a même créé Éditions Pompon et Mimosa, une maison d’édition dédiée aux livres qui « aident là où il n’y a pas de mots »
Ce qui me touche avec le temps, c’est sa volonté de continuer à avancer, son cheminement, la manière dont elle a transformé une épreuve immense en quelque chose de juste, de transmissible, de profondément humain.
Comment expliquer la mort d’un frère ou d’une sœur à un enfant ?
Véronique a vécu la perte de son enfant dans un contexte où il fallait également continuer à être parent, répondre aux questions, accompagner un autre enfant dans l’incompréhension face à ce que la famille traversait.
Un jour, elle a dû rentrer chez elle et annoncer à son enfant que son frère ne reviendrait plus jamais à la maison.
Et comme tous les parents endeuillés, elle s’est rendu compte à quel point on peut vite se retrouver démuni face aux mots dans ce type de situation.
À ce moment-là, Véronique a cherché des livres pour enfants qui parlent du deuil. Mais aucun ne lui convenait vraiment. Les mots ne faisaient pas écho à ce qu’elle vivait, ni à ce qu’elle souhaitait transmettre à son fils. Certaines métaphores lui semblaient beaucoup trop éloignées, certaines explications trop abstraites, parfois porteuses de croyances qui n’étaient pas les leurs.
Alors, un soir, elle a écrit ce qu’elle voulait que son fils entende. Tout. À sa manière. Avec cette tendresse propre aux parents qui cherchent à adoucir la peine, sans fioriture, parce qu’il fallait accompagner ce qui se vivait là, au jour le jour, dans leur maison.
De ce/son manque est née l’écriture.
Avec Poussinou s’en est allé, puis quelques années plus tard Poussinou des étoiles, Véronique a écrit des albums jeunesse qui abordent le deuil périnatal au sein de la fratrie, avec justesse, simplicité et douceur.
Dans Poussinou s’en est allé, l’absence et le deuil sont racontés à travers les yeux d’un grand frère, qui attend son petit frère et ne le voit pas rentrer à la maison. Ce livre nous avait été prêté et nous a aidé lorsque nous avons traversé nous-même ce moment douloureux avec notre fille.
Poussinou des étoiles aborde, quant à lui, la place d’un enfant décédé avant la naissance, à travers le regard de l’enfant né après. C’est un récit lumineux, qui aide à mettre des mots sur une histoire familiale parfois difficile à raconter, qui s’appuie sur des métaphores et une écriture poétique, et qui parle beaucoup aux enfants.
Des livres pour aider les enfants… et soutenir les parents
Lorsque l’on perd un enfant dans une famille, il est souvent difficile de savoir quel livre choisir.
Cela a été mon cas. Soudainement, je ne savais pas vers quoi me diriger. Je n’avais pas le recul pour les lire d’abord et savoir si cela allait convenir à ma fille, nous convenir à nous tous.
Dans ces cas-là, des proches peuvent conseiller tel ou tel ouvrage. L’école aussi. Un psychologue, un médecin de famille, peuvent parfois suggérer des titres de livre appropriés. Il y a bien sûr aussi les recherches sur Internet, les listes, les recommandations et les groupes dans lesquels se trouvent des parents qui sont peut-être passés par là. Mais que choisir dans tout cela ?
Au fond, des questions reviennent souvent : comment savoir ce qui va nous parler à nous, autant qu’à l’enfant ?
Comment sentir si ce livre-là trouvera sa place dans notre famille, à ce moment précis ? Si cela va aider ?
A première vue, les livres pour enfant sont présentés comme des outils… pour les enfants.
Et ils le sont. Profondément. Mais selon moi, ils sont aussi, et peut-être surtout, des appuis précieux pour les parents.
Quand la douleur est encore vive, quand la fatigue émotionnelle est grande, quand l’on ne sait plus comment expliquer ni quoi dire, les livres offrent un point d’ancrage. Ils permettent de poser des mots sans avoir à tout porter seul. Ils ouvrent un espace de dialogue avec l’enfant, là où la manière de voir des adultes ne correspond pas toujours au monde de l’enfance. Derrière des dessins, des couleurs, peu de mots et une histoire, tellement de choses peuvent parler à l’enfant.
Lire une histoire, son enfant sur ses genoux, ou blotti dans le lit. S’arrêter sur une illustration, accueillir une question ou simplement rester silencieux, devient une manière d’être là, de faire passer un message, sans devoir être nous-même parfait. Sans devoir chercher les bons mots.
Ces ouvrages rappellent aux adultes des choses qui me paraissent essentielles :
il n’est pas nécessaire d’avoir toutes les réponses pour accompagner un enfant endeuillé, et être présent, disponible et à l’écoute suffit souvent déjà. Illustrer ce qui se passe chez nous avec un livre peut tout à fait être utile et permettre à l’enfant d’avancer, de comprendre certaines choses.
Quand la littérature devient une présence
Les livres qui abordent le deuil ne vont rien réparer. Mais ils accompagnent les familles endeuillées, les enfants dont la fratrie est désormais bouleversée à jamais.
Alors que nous, adultes, avons parfois du mal à trouver les mots nous-mêmes, ou à tout expliquer parfaitement, il existe des livres, et d’autres outils, sur lesquels on peut s’appuyer. Et ça, c’est déjà beaucoup.
J’adore cette idée: certains bibliothérapeutes proposent aux parents dans cette situation de mettre à disposition un ou deux livres pour enfants chez eux. De les déposer sur la table de nuit, dans la petite bibliothèque de l’enfant, au bord d’une table de salon. De les laisser là, simplement.
Il se peut que l’enfant les feuillette seul, ou qu’il demande à un adulte de lui lire. Dans ce cas, l’idéal est d’arrêter le temps, de se poser ensemble, de lire, de voir si l’enfant a des questions, s’il s’ouvre à une discussion… ou pas encore.