Deuil numérique : des traces laissées derrière nous après notre décès.
Nous laissons tous derrière nous des traces. Des objets. Des photos. Des lettres.
Mais aujourd’hui, nous laissons aussi tout ce qui se trouve dans nos téléphones, dans nos ordinateurs ou dans nos tablettes. Des traces numériques, énormément de traces numériques.
Des comptes sur les réseaux sociaux.
Des milliers de photos stockées dans le cloud.
Des messages privés ou publics.
Des fichiers, des vidéos, des conversations.
Lorsque quelqu’un meurt, ces traces ne disparaissent pas. Elles restent.
Et les proches doivent souvent décider quoi en faire. En tout cas, une partie d’entre elles. C’est ce que l’on appelle parfois le tri digital et l’héritage numérique.
L’héritage numérique : une question encore peu abordée
Lorsque l’on parle de succession, on pense généralement aux biens matériels. Mais de plus en plus de spécialistes évoquent désormais une autre dimension : la gestion de l’héritage numérique après un décès.
Que deviennent nos comptes en ligne après notre mort ?
Qui accèdera à nos photos et messages stockés dans le cloud ?
Qui pourra éventuellement fermer nos profils sur les réseaux sociaux ?
Qui décidera de conserver ou de supprimer ces traces ?
Soyons honnêtes : si certaines personnes se posent ces questions, c’est souvent de manière très furtive. Elles sont rarement abordées avec les autres. Et pourtant, elles deviennent de plus en plus fréquentes dans notre monde connecté.
Quand les proches doivent gérer les comptes après un décès
Après un décès, les proches se retrouvent parfois face à des situations très concrètes.
Un téléphone verrouillé avec un code ou une reconnaissance faciale.
Un ordinateur rempli de fichiers.
Un accès à un cloud où des milliers de documents et photos sont peut-être stockés.
Des comptes dont on ignore les mots de passe.
La gestion des comptes après décès devient ainsi une nouvelle réalité pour de nombreuses familles.
Certains choisissent de conserver les comptes sur les réseaux sociaux comme des lieux de mémoire. D’autres préfèrent les fermer.
Mais ces décisions peuvent être très délicates à prendre pendant un deuil.
Supprimer un profil peut donner l’impression d’effacer la personne une deuxième fois. C’est ce que quelques personnes m’ont confié lors de mes recherches sur le sujet : une sorte de deuxième deuil que l’on n’a pas envie de vivre.
Alors on laisse les comptes actifs, sans toujours imaginer ce que cela peut provoquer chez les autres qui voient encore apparaître le profil du défunt dans leurs contacts. Laisser un compte actif peut aussi maintenir une présence numérique parfois difficile à apprivoiser.
Mais que faire alors ?
Comme pour les objets d’un défunt, je suis convaincue qu’il n’existe pas de réponse universelle.
Parler de ses volontés numériques avant sa mort
Certains spécialistes recommandent aujourd’hui d’essayer d’aborder la question de son héritage numérique avec ses proches avant sa mort.
Non pas pour tout contrôler, mais pour éviter que les proches aient à prendre ces décisions seuls, sans réellement savoir comment le défunt aurait souhaité que l’on gère ces éléments.
Mais comment amener ce type de discussion ?
Cela peut passer par des choses simples :
- dire ou écrire quelque part ce que l’on souhaite pour ses comptes sur les réseaux sociaux
- préciser si certaines photos doivent être conservées
- demander clairement de supprimer vos comptes si c’est ce que vous souhaitez
- expliquer à quelqu’un comment accéder à certains fichiers importants
- désigner une personne de confiance pour gérer ces éléments
- désigner une personne qui pourra, par exemple, mémorialiser votre compte Facebook
Certaines plateformes permettent également de nommer un contact légataire numérique, chargé et autorisé de gérer le compte après le décès.
Mais il est vrai que cela reste une étape supplémentaire à gérer lors d’un deuil… et parfois, elle demande du temps.
Ces démarches restent encore peu connues, mais elles pourraient devenir plus fréquentes dans les années à venir, au vu du nombre de personnes connectées et des données qui s’accumulent.
Nos traces numériques : une nouvelle forme de mémoire
Les traces numériques ne sont pas seulement des données. Elles deviennent parfois des fragments de vie, des fragments de mémoire.
Cela peut être des messages envoyés ou reçus auxquels on se raccroche et que l’on lit et relit de temps en temps.
Des photos partagées.
Des vidéos qui nous permettent de revoir la personne, d’entendre sa voix.
Des publications écrites des années plus tôt ou juste avant son décès.
Pour les proches, ces traces peuvent être extrêmement précieuses.
Mais certains souvenirs numériques peuvent aussi surprendre.
Parfois, ils nous font découvrir une facette que l’on ignorait de la personne. Parfois, liés aux algorithmes, certaines publications ou commentaires ressurgissent à des moments où l’on n’était pas prêt. Contrairement aux objets physiques que l’on range dans une boîte ou dans une armoire, les souvenirs numériques peuvent réapparaître à tout moment.
Il suffit de peu de choses. Le numérique transforme ainsi notre rapport à la mémoire et au deuil.
L’héritage numérique : une question qui concerne chacun de nous
Nous publions aujourd’hui énormément de choses en ligne sans penser à ce qu’elles deviendront lorsque nous ne serons plus là. Photos, messages, vidéos, documents, conversations… notre présence numérique s’accumule au fil des jours et des années.
Certaines personnes n’y prêtent absolument pas attention. Pourtant, l’aspect écologique commence lui aussi à interroger. Toutes ces données sont stockées dans des centres de données qui consomment de l’énergie et continueront d’exister bien longtemps après nous. Bien plus longtemps qu’une bouteille en plastic.
À cela s’ajoute également un aspect juridique encore flou pour beaucoup. Qui peut accéder aux comptes d’une personne décédée ? Qui peut demander leur fermeture ou leur transformation en espace commémoratif ? Dans les pays anglo-saxons notamment, certains avocats et juristes commencent d’ailleurs à accompagner leurs clients sur ces questions d’héritage numérique. Ils les aident à réfléchir à la gestion de leurs comptes, de leurs données et de leurs traces en ligne après leur décès.
Réfléchir à notre héritage numérique ne signifie pas vouloir tout organiser, tout gérer ou tout contrôler. C’est peut-être simplement se poser une question : quelles traces souhaitons-nous laisser derrière nous ?
Conclusion
Le deuil numérique fait désormais partie de notre époque.
Nos vies connectées prolongent notre présence bien au-delà de notre existence. Nos comptes, nos photos et nos messages deviennent parfois des lieux de mémoire pour ceux qui restent.
L’héritage numérique ouvre donc une nouvelle réflexion : celle de la transmission de nos traces digitales. Une réflexion encore récente, mais qui prendra sans aucun doute de plus en plus de place dans les années à venir.
Pour aller plus loin
Si la question du deuil numérique vous intéresse, vous pouvez également lire :



