Parler de la mort d’un bébé
Le deuil périnatal fait partie des deuils qui peinent encore à trouver leur place dans l’espace public. Et on peut le comprendre… Perdre un bébé pendant la grossesse, à la naissance ou dans les tout premiers jours de vie va à l’encontre des choses, bouleverse profondément, tout en laissant souvent les parents seuls face à une douleur que la société a encore du mal – il faut l’avouer – à reconnaître.
Par contre, longtemps resté tabou, je trouve que le deuil périnatal trouve aujourd’hui de nouveaux espaces d’expression. De plus en plus de parents prennent la parole sur les réseaux sociaux, sur des blogs, dans des témoignages sensibles et parfois bruts. Non pas pour s’exposer, mais pour dire que cet enfant a compté et existe à leurs yeux.
Si les mères sont souvent les premières à prendre la parole, les pères sont eux aussi profondément touchés par cette perte. Leur chagrin est parfois plus discret, moins « autorisé » par la société, pris entre le rôle de soutien et leurs propres émotions. Une chose est certaine : le deuil périnatal ne concerne pas uniquement les femmes : il traverse le couple, la famille, la fratrie et chaque parent à sa manière.
Qu’est-ce que le deuil périnatal ?
Mais d’abord, qu’est-ce que le deuil périnatal ? Le deuil périnatal désigne la perte d’un bébé survenue pendant la grossesse (fausse couche, interruption médicale de grossesse), à la naissance ou peu de temps après.
Selon l’OMS, la période dite périnatale – qui sert de base aux définitions officielles de mort périnatale – commence à 22 semaines complètes de gestation (154 jours) et se termine 7 jours après la naissance.
Contrairement à d’autres formes de deuil, le deuil périnatal ne s’appuie pas toujours (ou peu) sur des souvenirs partagés, des photos, une histoire visible aux yeux des autres. Il repose principalement sur des projections, des espoirs, une relation intime déjà construite entre maman/papa/une fratrie depuis le début de la grossesse. Et cela suffit largement à créer un lien.
Un deuil minimisé ou perturbant ?
Des phrases qui blessent sans le vouloir
« Tu en auras un autre. »
« Ohhh mais tu es encore jeune. »
« Il vaut mieux que ce soit arrivé maintenant qu’après » Pire encore : « C’est peut-être mieux comme ça, tu sais… la nature est bien faite.»
Ces phrases maladroites, témoignent d’un profond malaise qu’ont les gens lorsqu’ils font face à ce type de perte. Le deuil périnatal est compliqué à aborder, il est perturbant parce qu’il confronte à l’injustice, à l’imprévisible, à une mort qui survient avant même le début officiel de la vie, à un événement de vie qui ne va justement pas dans l’ordre des choses.
Certains parents témoignent que non seulement il faut faire face à la perte, mais aussi à l’impression de ne pas avoir le droit d’être pleinement en deuil, vu que les autres n’ont peu ou pas connu le bébé.
Le corps, lui, n’oublie pas
Le corps des mères porte les traces de ce deuil. Il a changé au fil de la grossesse. Il a attendu. Il s’est préparé. Il a parfois accouché sans bébé vivant à ramener à la maison. Cette réalité corporelle rend le deuil périnatal particulièrement complexe. J’en parle dans mon livre Le deuil ne se tait pas.
Le retour à la « normalité » est alors brutal. Le monde continue, presque comme si rien ne s’était passé, alors que le corps et l’esprit sont encore suspendus à ce qui aurait dû être. Les hormones, elles, suivent leur propre rythme : montée de lait, chute hormonale, fatigue extrême, dérèglements émotionnels. Le corps continue d’agir parce qu’il vient de donner naissance… alors que le bébé n’est pas là.
Imaginez ce que cela provoque chez une mère.
Un décalage profond entre ce que le corps vit et ce que la réalité impose. Un sentiment d’injustice parfois, une incompréhension souvent : comment reprendre une vie « normale » quand chaque cellule rappelle ce qui a été perdu ?
Dans le deuil périnatal, le corps parle, il témoigne, il rappelle que cette grossesse a existé, que cet enfant a compté. Et avec cette dimension corporelle forte, le chemin du deuil peut être tellement rude.
Parler du deuil périnatal sur les réseaux sociaux
Quand les mères, et certains pères, trouvent un espace pour parler
Depuis quelques années, un mouvement discret mais puissant émerge. Des mamans osent dire. Racontent. Écrivent. Publient.
Sur Instagram, Facebook, Tik Tok ou via des blogs personnels, le deuil périnatal trouve une visibilité nouvelle. Ces espaces deviennent des lieux de partage, de reconnaissance, de soutien, parfois même d’entraide. On se sent moins seuls, on lit des publications qui nous parlent, on rencontre des autres parents qui traversent la même chose ou sont à une autre étape et peuvent nous aider, nous tendre une main.
Partager un vécu si cruel, ce n’est pas chercher la compassion à tout prix. C’est souvent une manière de s’exprimer, de se sentir reconnu, de rencontrer d’autres personnes qui comprennent sans avoir besoin d’explications ou de justifications face à ce que la vie nous a repris.
Écrire pour survivre
Mettre des mots pour donner une forme à l’absence
Dans mon parcours, l’écriture a été un outil essentiel. Mettre des mots sur l’indicible n’efface pas la douleur, mais permet de lui donner une place. Une forme. Une respiration.
De nombreuses mères témoignent de ce besoin d’écrire : pour leur enfant, pour elles-mêmes, pour ceux qui viendront après et ceux qui sont déjà là dans la fratrie.
Il n’y a pas de bonne manière de faire son deuil
Certaines parlent. D’autres se taisent.
Certaines reprennent vite le travail. D’autres non.
Il n’existe pas de chemin type pour traverser le deuil, et encore moins pour un deuil périnatal. Comparer les vécus n’aide pas. Ce qui compte, c’est de respecter son rythme, ses limites, ses besoins et d’oser demander de l’aide lorsque le poids devient trop lourd.
Être accompagnée pendant un deuil périnatal
Pourquoi l’accompagnement peut transformer l’expérience du deuil
Un accompagnement professionnel peut être précieux : psychologue spécialisé dans le deuil, thérapeute, sage-femme formée, groupe de parole. Être entendu sans jugement, sans tentative de réparation rapide, sans vouloir passer à autre chose dans les plus brefs délais, peut profondément changer l’expérience du deuil pour les parents qui ont perdu un bébé. Prendre soin de soi, de son corps est essentiel.
Le deuil périnatal n’est pas une parenthèse anodine. C’est une épreuve qui peut laisser des traces vraiment durables si elle n’est pas reconnue. Les témoignages des mamans d’autres générations prouvent à quel point ne pas en parler à l’époque a été – et est toujours – pour certaines d’entre elles, un réel fardeau. Lisez mon article sur le deuil périnatal hier et aujourd’hui.
Parler du deuil périnatal
Parler du deuil périnatal, l’écrire, le partager, ce n’est pas s’y enfermer. C’est lui donner une existence. Une légitimité. C’est donner une existence à ce bébé. C’est lui faire une petite place.
Si de plus en plus de mères prennent la parole aujourd’hui, ce n’est pas par effet de mode. C’est probablement parce qu’il est nécessaire de rendre cette réalité visible.
Reconnaître le deuil périnatal, c’est reconnaître l’amour. Et l’absence. C’est reconnaître que la vie peut aussi ne pas être tendre et nous reprendre ce qu’elle nous a donné. Mais c’est aussi être davantage conscient de tout ce qui continue d’être malgré tout.
Pour aller plus loin dans votre lecture
Si le deuil périnatal vous touche de près ou de loin, vous aurez peut-être envie ou besoin de poursuivre la réflexion à travers d’autres lectures. Certains articles de ce blog permettent d’approfondir des aspects spécifiques du deuil, de mieux comprendre ce que vous traversez, ou simplement de vous sentir moins seul·e face à certaines émotions.
Prendre le temps de lire ce que d’autres ont vécu, ressenti et traversé, peut ouvrir des pistes – à votre rythme – et offrir des repères, ou mettre des mots sur des ressentis encore flous.
Si vous avez vécu un deuil périnatal, je vous envoie beaucoup de pensées tendres et affectueuses.
Voici quelques articles sur la thématique du deuil périnatal:
- Mon bébé est né sans vie
- Excusez-moi, je suis en deuil
- Combien de temps dure le deuil d’un parent ?
- Que dire à un enfant en deuil ?
- Des livres pour enfants pour raconter le deuil dans la fratrie
- Le deuil périnatal : du silence d’hier à la parole d’aujourd’hui
Mon livre
Le deuil ne se tait pas
J’y raconte la perte de mon bébé, pas à pas, et je donne la parole à d’autres parents et à d’autres personnes endeuillées. Un livre né du deuil périnatal, qui parle de tous les deuils.
Découvrir le livre