Le deuil périnatal hier et aujourd'hui.

Deuil périnatal : du silence d’hier à la parole d’aujourd’hui

Les mamans endeuillées prennent la parole

Le deuil périnatal est longtemps resté un deuil silencieux, un sujet tabou.

Un deuil souvent vécu dans l’intimité, parfois dans la solitude, et très souvent sans mots. Pendant longtemps, les fausses couches, les morts in utero ou les décès de bébés à la naissance étaient des événements dont on parlait peu. Pourtant, ces drames touchaient de nombreuses familles et bouleversaient des vies de femmes, à jamais. Un silence qui se transmettait parfois d’une génération à l’autre.

Aujourd’hui, les choses commencent doucement à évoluer. Souvent, je me suis posé des questions par rapport à ce sujet, me disant que ce secret devait être si lourd à porter pour les femmes autrefois…

Les parents endeuillés – mamans et papas – prennent davantage la parole.
Même si les pères s’expriment aussi de plus en plus, je choisis ici de me concentrer sur les femmes…

Des témoignages apparaissent dans les livres, dans les médias, mais aussi sur les réseaux sociaux. Peut-être est-ce lié au fait que je l’ai moi-même vécu, mais il me semble que le deuil périnatal n’est plus toujours (ou autant) vécu dans le silence.

Quand le deuil périnatal restait dans l’ombre

Dans les générations précédentes, beaucoup de femmes ont traversé la perte d’un bébé sans réellement en parler.

Il faut aussi se rappeler qu’à une certaine époque, la mortalité infantile était plus fréquente qu’aujourd’hui. Des bébés mouraient avant la naissance, à la naissance ou dans leurs premiers mois de vie. Ces drames touchaient de nombreuses familles.

Pourtant, on en parlait peu.

Dans certaines familles, des histoires de bébés mort-nés ou décédés dans leur première année de vie sont restées enfouies pendant des années, voire des générations. Cela ne signifie pas que personne n’en parlait jamais. Ces pertes étaient probablement évoquées entre femmes, dans des cercles très restreints.

Il arrive même que certaines femmes découvrent bien tard dans leur vie que leur mère ou leur grand-mère avait perdu un enfant… sans que personne n’en ait jamais parlé ouvertement. Dans ces familles, ce deuil était souvent considéré comme quelque chose de très intime, presque tabou. Difficile à aborder et à partager aux plus jeunes. Alors, on reprenait le cours de la vie. On avançait avec cela, mais sans que cela ne se sache.

Chez moi, les choses étaient un peu différentes. J’ai grandi en allant au cimetière et en voyant les petites tombes de bébés décédés dans la famille. J’ai aussi grandi en entendant l’une de mes grand-mères parler d’un petit garçon mort de façon tragique alors qu’il n’était encore qu’un bébé.

Ces histoires existaient. Elles étaient dites.

Mais une question me revient souvent : comment faisaient les femmes pour vivre avec cela ?

À qui pouvaient-elles confier leur tristesse ?
Quand ? Comment ?
Avec qui pouvaient-elles partager les émotions qui bouleversent tout lorsqu’un bébé meurt ?

Peut-être trouvaient-elles leurs ressources ailleurs : dans des conversations discrètes entre femmes, dans la religion ou simplement dans la vie quotidienne qui reprenait son cours.

Elles n’étaient pas nécessairement seules, mais les espaces pour exprimer ce deuil restaient limités comparé à de nos jours. Ces échanges se faisaient souvent dans l’intimité, dans la cuisine, lors de visites chez les voisines, ou de moments partagés entre copines ou cousines.

Des confidences discrètes, presque comme un secret transmis entre femmes.

Une confidence qui traverse les générations

Dans mon livre, je raconte aussi un moment qui m’a particulièrement marquée. Peu de temps après la perte de mon bébé, je suis allée en Italie voir la grand-mère de mon mari.

Très rapidement, elle m’a parlé d’un enfant qu’elle avait elle-même perdu. Un petit garçon.

Elle m’a raconté cela simplement, en me tenant la main sur le banc près du citronnier devant chez elle. Comme si, à travers les générations, quelque chose était en train de se transmettre.

Cette conversation m’a profondément touchée. J’y repense encore souvent aujourd’hui.

Elle me rappelle que ces histoires existent depuis longtemps, mais qu’elles ont souvent été portées en silence par des mères, par des couples et par des enfants de la fratrie.

La parole trouve d’autres chemins

Aujourd’hui, de plus en plus de femmes osent parler de leur deuil périnatal.

Certaines le font dans des livres.
D’autres dans des groupes de parole.
Et beaucoup sur internet.

Dans mon propre parcours, j’ai moi-même partagé mon expérience dans mon livre. Mais j’ai aussi rencontré d’autres mamans dans des groupes privés sur Facebook, souvent créés par des parents endeuillés eux-mêmes.

Ces espaces permettent de parler librement.
De partager son histoire.
De poser des questions que l’on n’ose parfois pas ou plus formuler ailleurs. De lire d’autres histoires, de comprendre ses émotions au travers de celles des autres.

Sur Instagram ou TikTok, certaines mères témoignent aujourd’hui de leur parcours. Elles racontent leur grossesse interrompue, la perte de leur bébé, leur chemin dans le deuil. Bien sûr, certains pères prennent eux aussi la parole de plus en plus pour raconter leur expérience du deuil périnatal. Mais ce sujet mérite un article à lui seul. Ici, j’ai choisi de me concentrer sur les femmes, sur ces mères qui, pendant longtemps, ont souvent traversé cette épreuve dans le silence.

Cette visibilité en ligne devient pour certaines une véritable ressource. Une manière de mettre des mots sur ce qui a été vécu. Une manière de se sentir moins seule.

Des personnalités publiques contribuent également à cette évolution. En partageant leur propre expérience d’un deuil périnatal, elles rendent visible une réalité qui, pendant longtemps, est restée dans l’ombre. Leurs témoignages peuvent toucher, faire écho à des histoires personnelles et permettre à d’autres parents de se sentir moins seuls, de s’identifier à leur drame ou cheminement. Cette visibilité n’efface pas la douleur, mais elle participe sans aucun doute à ouvrir la conversation autour d’une maternité différente, marquée par l’absence.

Des ressources qui n’existaient pas toujours auparavant

Les groupes de parole existent aujourd’hui dans de nombreuses villes. Des associations accompagnent les parents confrontés au deuil périnatal. Ces espaces permettent d’échanger avec d’autres parents qui traversent la même épreuve. Des accompagnants et des professionnels permettent de traverser ce deuil, d’en parler de façon confidentielle ou pas.

Pour certaines personnes, ces rencontres sont précieuses. Elles permettent de déposer ce qui est trop lourd à porter seul. Des échanges que l’on n’a peut-être pas au sein de son entourage.

Ces ressources n’existaient pas toujours pour les générations précédentes. C’est aussi pour cela que tant d’histoires ont longtemps été gardées dans l’ombre.

Reconnaître l’existence de ces bébés

Parler du deuil périnatal, c’est aussi reconnaître l’existence du bébé.

Même lorsque la grossesse était très courte.
Même lorsque le bébé n’a vécu que quelques minutes, quelques jours. Même lorsqu’il n’a jamais respiré, jamais pleuré.

Pour les parents, cet enfant existe. Il fait partie de leur histoire.

Pouvoir prononcer son prénom, raconter sa courte histoire ou simplement dire qu’il a existé peut être une étape importante dans le chemin du deuil.

Conclusion

Alors qu’à une certaine époque, perdre un bébé était un événement qui se taisait parfois, aujourd’hui, le silence autour du deuil périnatal commence peu à peu à se fissurer. Les mamans parlent, les papas aussi s’expriment.

Les témoignages, les échanges entre parents, les groupes de soutien et la visibilité sur internet contribuent à faire évoluer les regards. Parler de ces bébés, écouter les mamans, les parents qui vivent cette perte, reconnaître leur histoire si douloureuse et particulière… tout cela participe à rendre ce deuil un peu moins invisible qu’il ne l’a été à une certaine époque.

Pour aller plus loin

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Photo de Marie Brasseur, auteure

Je suis Marie Brasseur

J’écris sur le deuil pour mieux comprendre ce qu’il transforme en nous et autour de nous.

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