À la recherche des livres sur le deuil en librairie

Depuis la sortie de mon livre, je prête encore plus attention qu’avant à la place accordée aux livres sur le deuil en librairie. Et voici mes observations. 

Lorsque j’entre dans une librairie, je regarde d’abord les tables, les sélections proposées, les nouveautés mises en avant. Je déambule doucement en cherchant les livres qui parlent du deuil. Et, rien d’étonnant, mais je ne les trouve pas toujours facilement.

Il me faut parfois parcourir plusieurs rayons avant de comprendre où ils ont été classés. Développement personnel ? Psychologie ? Santé ? Témoignages ? Spiritualité ? Société ? C’est normal, la thématique se glisse un peu partout sans toujours disposer d’un espace clairement identifiable d’un établissement à l’autre. 

Je cherche, je lis les indications, je longe les étagères. Je repère quelques titres connus, puis je me demande s’il y en a d’autres. Selon les librairies, cette recherche peut prendre du temps, à d’autres endroits cela va très vite. 

Des fois, seuls quelques ouvrages de référence sont disponibles. Les 3-4 plus connus, écrits par des auteurs reconnus et devenus, pour certains, des valeurs sûres, des succès de librairie. Leur présence est évidemment légitime. Mais elle peut aussi donner l’impression que l’offre de livres consacrés au deuil est limitée à ces quelques best-sellers, alors que les publications sont nettement plus nombreuses qu’on ne le pense, et les approches très diverses.

Il arrive aussi que les quelques livres sur cette thématique soient disposés tout en bas d’une étagère. Là où il faut se pencher, s’accroupir ou carrément se mettre à genoux pour parvenir à lire le dos des couvertures. Ailleurs, les livres sont placés tout en haut où même sur la pointe des pieds et le bras tendu, vous peinez à les atteindre sans monter sur un escabeau ou obtenir de l’aide. Quand on n’a pas une très bonne vue, ni un bon équilibre, l’exercice devient vite compliqué. Ces situations pourraient sembler anecdotiques, mais pourtant, elles m’interrogent.

Chercher seul ou oser demander ?

Depuis quelques années, je les cherche volontairement ces livres. Je sais qu’ils existent. Je suis aussi assez curieuse de découvrir les choix effectués par chaque librairie. Je prends donc le temps et parfois, je demande. 

Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Qu’en est-il des grands timides qui n’osent pas déranger les commerçants ou ne se sentent pas ce jour-là l’élan de partager leurs besoins les plus personnels ou intimes. Chercheront-ils aussi longtemps ? Sauront-ils dans quel rayon se rendre ? Oseront-ils demander conseil s’ils ne trouvent rien ?

Parler de son besoin à un libraire peut sembler naturel. Leur métier consiste précisément à écouter, orienter et conseiller. Et qui plus est, ils trouveront bien plus vite que vous l’ouvrage en question dans les milliers de titres qu’ils proposent. Beaucoup le font d’ailleurs avec une grande délicatesse et vous dénichent des pépites.

Or, pour certains, demander un livre sur le deuil n’est pas toujours aussi simple que de demander un roman pour les vacances.

Derrière ce renseignement, il y a le fait de dévoiler, même en quelques mots, que son conjoint vient de mourir, que son enfant pose des questions sur la mort, qu’une amie a perdu son bébé, que l’on ne reconnaît plus un proche depuis un décès ou que l’on cherche soi-même à comprendre ce que l’on traverse. Certaines personnes oseront le faire. D’autres préféreront chercher seules au risque de ne rien trouver. 

Sélection de livres abordant le deuil en librairie

Quand le deuil remue aussi le libraire

Un libraire m’a expliqué un jour qu’il n’était pas vraiment intéressé par l’idée de proposer des livres sur le deuil. Le sujet le bousculait trop, m’a-t-il confié.

Sa réponse m’a intriguée, mais je peux l’entendre. Était-ce un manque d’intérêt ou n’était-il tout simplement pas prêt à faire une place à ce sujet ? Les libraires ne sont pas uniquement des professionnels entourés de livres. Ils ont eux aussi leur histoire, leurs blessures et des sujets dont ils préfèrent parfois se tenir à distance, consciemment ou non.

Cette conversation m’a néanmoins fait réfléchir. Les choix proposés dans une librairie ne dépendent pas seulement de l’espace disponible, des nouveautés ou des ventes attendues. Ils passent aussi par la sensibilité de la personne qui les sélectionne. Ce qu’un sujet ou une lecture vient toucher chez elle peut donc déterminer la place qu’il occupera, ou n’occupera pas dans les rayons.

Lorsque le malaise suscité par le deuil conduit à ne pas proposer de livres sur cette thématique, c’est un choix. Néanmoins, ce choix se prolonge malgré tout jusqu’au potentiel acheteur qui, s’il en a réellement besoin, ira trouver son livre ailleurs. Vous me direz qu’il y a toujours moyen de passer une commande. Oui en effet. Mais, je me vois il y a quelques années déambuler dans une librairie, ne pas me sentir au top, ne trouver que 2 livres sur le deuil que j’avais déjà lus, ne pas percevoir de disponibilité du libraire, ne pas savoir me projeter à revenir dans ce lieu et par conséquent, en ressortir sans avoir passé commande.

Découvrir plutôt que chercher

Pourquoi ne pas imaginer une section intitulée « Dialoguer avec le deuil » ou, tout simplement, « Deuil » ? Quelques livres, que ce soit pour adultes ou enfants, réunis sous des mots qui permettent de les repérer sans avoir à demander. 

On pourrait s’en approcher, les feuilleter ou passer son chemin. Le sujet aurait sa place, visible, assumé. Seulement quelques ouvrages suffisent (mais s’il vous plait: pas uniquement les deux seuls références connues de tous), posés sur une étagère accessible, présentés avec attention ou accompagnés d’une suggestion délicate de lecture sur un post-it. Certaines librairies accordent réellement une belle place aux livres sur le deuil. Je me souviens de sections incroyablement riches dans des établissements de pays anglo-saxons. 

Une personne peut entrer dans la librairie pour une tout autre raison, passer devant cette sélection et s’arrêter, être attirée par une couverture, un titre, prendre le livre, en lire quelques lignes, le reposer ou décider de l’emporter ce jour-là. Quitte à le lire bien plus tard.

Tous les lecteurs ne cherchent pas la même chose. Tous les endeuillés n’ont pas non plus besoin de lire les mêmes ouvrages sur le deuil. Osons découvrir. Il y a tant à dire et à lire à ce sujet. Tant de versions de vies différentes touchées par la perte. Tant de voix à entendre et de mots à lire. Certains auront envie d’un témoignage dans lequel ils pourront se reconnaître. D’autres préféreront un ouvrage écrit par un professionnel, un roman, un livre pratique ou encore un album illustré pour parler de la mort avec un enfant.

Rassembler plusieurs approches permet justement de rappeler qu’il n’existe pas une seule manière de vivre (avec) un deuil, ni un seul et même livre capable de répondre à toutes les situations. 

Du choix en ligne aux coups de coeur des libraires

Cette diversité, on ne va pas se voiler la face: on la retrouve très facilement en ligne. Une simple recherche sur les livres consacrés au deuil fait apparaître de nombreux titres, bien au-delà des quelques références parfois présentes en rayon. Mais cette possibilité ne rend pas moins importante la place de ces livres en librairie et la possibilité de venir pour l’un et d’en acheter un autre que l’on découvre sur place. 

J’aimerais justement que cette richesse puisse davantage s’y découvrir, en parcourant les étagères, sans avoir nécessairement pensé à taper « deuil » dans une barre de recherche, mais simplement en permettant aux flâneurs de découvrir. “Si vous avez aimé ceci, vous aimerez cela”. “Si vous avez lu ceci, on vous recommande cela”. Ou encore “Si vous vivez ceci, on vous recommande cela”. Personnellement, mon œil est toujours attiré par les coups de cœur. Ils me permettent de découvrir un livre sans être pour autant venue le chercher. Et je trouve cette attention tellement humaine, d’autant plus quand il est question du deuil.

Une place visible pour les livres sur le deuil en librairie

Je comprends parfaitement que les libraires doivent faire des choix. Le nombre de livres publiés est immense, l’espace disponible est limité et les nouveautés se succèdent rapidement. Toutes les thématiques ne peuvent pas bénéficier d’une table ou d’un rayon entier. C’est impossible.

Néanmoins, une faible demande apparente ne signifie pas nécessairement un faible besoin. Certaines personnes ne demandent rien, cherchent seules et repartent sans livre. Leur recherche passe alors inaperçue. Je me demande donc si le manque de visibilité limite les découvertes et les achats, donnant à son tour l’impression que les livres sur le deuil intéressent peu.

Mon propos n’est donc pas de reprocher la place donnée à certains ouvrages plutôt qu’à d’autres. Mon but est plutôt de partager mes observations. L’endroit où un livre est posé peut faciliter ou empêcher sa rencontre avec un lecteur.

Pour les livres sur le deuil, cette attention me semble particulièrement précieuse.

Une place accessible, quelques couvertures visibles, une sélection ponctuelle ou un petit mot rédigé par le libraire peuvent déjà changer beaucoup de choses. J’aime lorsque ces ouvrages trouvent dans une librairie une place visible et douce. 

Les livres sur le deuil devraient pouvoir se découvrir toute l’année, pas seulement à l’approche de la Toussaint. Et pas seulement par les personnes qui savent déjà exactement où et quoi chercher, encore moins par celles qui sont prêtes à se mettre à genoux pour les trouver.

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Photo de Marie Brasseur, auteure

Je suis Marie Brasseur

J’écris sur le deuil pour mieux comprendre ce qu’il transforme en nous et autour de nous.

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Le deuil ne se tait pas - Livre sur le deuil de Marie Brasseur - éditions Academia
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