Café deuil

Café deuil : qu’est-ce que c’est et comment se déroule un groupe de parole ?

Mon premier café deuil

Un café deuil est un moment de rencontre, un groupe de parole où l’on peut parler librement de la mort et du deuil avec d’autres.

Un samedi après-midi, je suis allée à un café deuil à Bruxelles. Une première pour moi. Ce jour là, la rencontre était organisée dans une résidence pour aînés.

Cela faisait un petit temps que j’avais envie de participer à ce type de groupe de parole autour du deuil.

Nous étions une petite dizaine. Principalement des femmes. Quelques résidentes, un couple, et d’autres personnes venues de l’extérieur. J’étais la plus jeune.

Après une présentation de la manière dont les deux prochaines heures allaient se dérouler, les échanges ont très vite commencé. Chacun a pu se présenter et partager les raisons de sa présence.

En résumé : une curiosité, une envie d’écouter, d’échanger autour de la mort, de parler, de poser des questions en fonction de ses doutes ou de ses souvenirs. Déposer certaines choses que l’on a sur le cœur. Trouver des personnes qui écoutent, là où parfois nos proches ne sont plus ou pas disponibles pour le faire.

Qu’est-ce qu’un café deuil ?

Un café deuil est une rencontre où des personnes se retrouvent pour parler librement de la mort, du deuil ou de ce qu’elles traversent.

Ce type de groupe de parole sur le deuil n’est pas une thérapie. Il n’y a pas d’objectif précis à atteindre. Pas non plus de sujets imposés.

Le principe est simple : chacun peut parler… ou non. Les échanges se font librement, il n’y a ni jugement, ni attente particulière. Et cela se fait souvent autour d’un café, d’un thé ou d’une boisson réconfortante.

Ces rencontres ont lieu dans des endroits du quotidien : cafés, associations, résidences pour aînés, lieux culturels.

Elles sont généralement animées par des personnes formées à l’accompagnement, ou par des bénévoles sensibles à ces questions.

Café deuil, café mortel ou death café : d’où vient ce concept ?

“Café deuil” ou “café mortel”…

Oui, j’avoue, ces termes peuvent sembler étranges au premier abord. Ils interrogent. Ils dérangent parfois. Mais ils ne laissent pas indifférent.

Le terme café deuil est aujourd’hui le plus utilisé dans les pays francophones. Mais il existe aussi d’autres appellations comme :

  • café mortel
  • café de la mort
  • apéros de la mort
  • death café (très répandu à l’international)
  • cercle de deuil

Le concept des cafés mortels est né en Suisse en 2004, à l’initiative du sociologue Bernard Crettaz. Il a ensuite été développé au Royaume-Uni avant de se diffuser progressivement dans de nombreux pays.

Aujourd’hui, ces groupes de parole autour du deuil existent aussi en Belgique, en France, au Canada, aux Etats-Unis et dans de nombreux autres pays.

Comment se déroule un café deuil ?

Il n’y a pas de déroulé précis. Et c’est sans doute ce qui caractérise le plus ces moments atypiques.

Les échanges se font naturellement : une personne partage un souvenir, une autre évoque une question, quelqu’un rebondit.

Certaines personnes partagent des moments particulièrement intimes et intenses. D’autres font rire. Parfois, une ou deux questions sont proposées pour lancer la discussion par la personne qui anime. Et puis, la conversation suit son propre chemin. On ne peut pas prévoir ce qui va se dire. Et il y a, à chaque rencontre, des choses qui émergent. Le but étant d’échanger sans jugement.

Comme l’explique Anne Meesters (co-fondatrice de l’ASBL « Doulas de fin de vie), qui organise ces rencontres en Belgique :

« Nous ouvrons chaque rencontre avec un petit rituel : une bougie s’allume, une parole nous réunit. Puis, celles et ceux qui le souhaitent peuvent déposer un deuil à soi. Le récit se déploie à son rythme, avec ses silences, ses émotions… et peu à peu, une résonance douce s’installe entre nous. D’autres préfèrent simplement écouter, se sentir accueillis, prendre le temps. Cela donne souvent naissance à des échanges très soutenants.
Et puis nous refermons ensemble, en douceur, en partageant les “pépites” du moment, ces ressources qui ont émergé pendant la rencontre et qui nous font du bien dans nos traversées. Enfin, nous éteignons la bougie. Un geste simple, qui clôt l’espace délicatement. »

Café deuil : pour qui ?

Un café deuil est ouvert à toute personne qui ressent le besoin de parler du deuil ou simplement d’écouter.

Cela peut être un deuil récent ou plus ancien, encore présent autrement.

Certaines personnes viennent pour déposer quelque chose qu’elles portent depuis longtemps : une question, un doute, un souvenir. D’autres parce qu’elles ont besoin de parler, qu’elles ont le sentiment de ne plus pouvoir aborder cela autour d’elles, ou que l’entourage est moins disponible avec le temps.

On peut aussi venir sans savoir exactement pourquoi.

Et cela suffit aussi.

Où trouver un café deuil près de chez vous ?

Les cafés deuil sont aujourd’hui de plus en plus présents en Belgique, en France et dans de nombreux autres pays.

Pour trouver un café deuil et s’y inscrire (généralement gratuitement ou parfois par participation libre), c’est simple :

  • recherchez “café deuil + votre ville” sur Google (ou les autres appellations)
  • consultez les événements sur Facebook
  • renseignez-vous auprès d’associations locales

Mon expérience dans un café deuil

Ce que j’ai constaté, c’est la simplicité des échanges entre personnes qui ne se connaissaient pourtant pas du tout.

Certaines personnes parlaient d’un être aimé disparu, d’un accident, d’une autre époque, de souvenirs très précis, de leurs doutes face à une mort éventuelle, ou encore du cheminement de deuil de proches. Ce jour là, à de nombreuses reprises, la perte d’un parent a été évoquée et j’ai trouvé cela doux et beau venant de souvenirs de personnes plus âgées…

Quand est venu mon tour, j’ai parlé de la perte de mon deuxième enfant, mort-né.

Je pensais pouvoir me contenir. Mais l’émotion des autres et leur manière d’accueillir ce que je disais m’ont touchée plus que je ne l’aurais imaginé.

Ma gorge s’est nouée.
Et je me suis rendu compte, une fois de plus, que les émotions liées à un deuil peuvent ressurgir à tout moment. Et j’étais au bon endroit.

Le moment que je vivais m’a permis de les accueillir, aidée de Pascale Wargé, accompagnante en fin de vie qui animait la rencontre avec douceur.

Ce n’était pas seulement le fait de parler.
C’était aussi ce qui se passait autour de moi. Ce moment à part que je vivais avec des personnes inconnues qui, par leur présence, m’ont donné une force, une énergie dont je me souviendrai pendant longtemps.

Ce que l’on emporte avec soi

On ne repart pas d’un café deuil avec une réponse précise. Ni avec une réparation. Ni avec la pièce manquante de son cheminement.

Mais chacun repart avec quelque chose de plus. J’en suis convaincue.

Une phrase entendue.
Une sensation ressentie.
Une histoire qui fait écho.
Un détail qui touche plus que prévu.
Ou le fait d’avoir osé parler. D’avoir pris la parole alors que certaines choses restaient peut-être tues depuis longtemps.

Cela dépend de son vécu, de ses questionnements, de son histoire, mais cela fait partie du cheminement.

Parfois, ce sont les mots des autres qui aident.
Parfois, ce que l’on a soi-même exprimé ou ressenti permet de faire un petit pas de plus, d’avancer.

Un moment à part

Ce jour-là, il y avait des personnes plus âgées, avec d’autres histoires, d’autres pertes, d’autres manières de dire. Et c’est sans doute cela aussi qui a permis à quelque chose de circuler entre nous.

Un mélange de personnalités.
Un mélange de générations. Des moments de vie racontés. Des histoires. En repartant, j’ai eu l’impression d’avoir vécu un moment à part.
Un moment unique.

Et j’en garde un souvenir doux.

Salomé Mulongo (Doula de Transition et co-fondatrice de l’ASBL « Doulas de fin de vie), qui anime également des cafés deuil, met des mots justes sur cette dimension particulière :

« Je suis toujours touchée par la puissance réparatrice du groupe, simplement par sa présence, ses oreilles attentives… Les visages s’éclairent, les corps se redressent, malgré — ou peut-être grâce à — la lourdeur déposée. »

Participer à un café deuil : pourquoi parler de son deuil ?

Ces rencontres ne conviennent pas à tout le monde.

Mais si elles existent, et sont de plus en plus proposées dans de nombreux endroits, c’est qu’elles répondent, pour certains, à un besoin réel.

  • Un besoin d’être physiquement au même endroit que les personnes avec qui on échange sur une thématique très personnelle, mais pourtant tellement universelle comme le deuil.
  • Un besoin de parler alors que, parfois, on ne trouve plus dans son entourage quelqu’un à qui confier ses émotions, ses doutes ou ses questionnements autour du deuil ou de la mort.
  • Un besoin d’écouter les autres, de se nourrir de leur vécu.
  • Un besoin de sentir que l’on est moins seul.e.
  • Peut-être, simplement, de se dire que ce que l’on traverse peut aussi être entendu ailleurs.

Et si l’idée vous traverse, peut-être que cela vaut la peine d’essayer, une fois.
En tout cas, moi j’y retournerai.

Pour aller plus loin

Cet article vous a intéressé ? Vous souhaitez aller plus loin ? Voici des informations sur les cafés deuil :

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
Photo de Marie Brasseur, auteure

Je suis Marie Brasseur

J’écris sur le deuil pour mieux comprendre ce qu’il transforme en nous et autour de nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recevez des emails (mais pas trop).

Inscrivez-vous à la newsletter et recevez des conseils, des citations, des passages de livres, des posts de blogs.

Le deuil ne se tait pas - Livre sur le deuil de Marie Brasseur - éditions Academia
Le livre à lire sur le deuil

En vente en ligne et en librairie.